Pouvoir d’agir : définitions et méthodes - 1/2

LaTribune Fonda

Isabelle Foucher - Septembre 2012

Définitions

Le pouvoir d'agir désigne, au sens large, la capacité pour les personnes de maîtriser ce qui est important pour elles, leurs proches et la collectivité à laquelle elles s'identifient, d'après la définition de Yann Le Bossé, chercheur québécois.

Dans la vie citoyenne et démocratique, le pouvoir d'agir désigne la capacité des citoyens à être acteurs des transformations de la société, c’est-à-dire :

– leur capacité à s'organiser pour mettre en place des actions en réponse aux problèmes et priorités qu'ils identifient ;

– leur capacité à peser sur les décisions qui les concernent.

L'expression renforcement du pouvoir d'agir est une traduction française d'empowerment qui désigne à la fois la capacité à exercer un pouvoir et le processus d'acquisition de cette capacité.

Une conception exigente de la démocratie

Au coeur d'une conception en termes de pouvoir d'agir, il y a donc les personnes concernées. Contrairement aux logiques de la démocratie délégative ou de la démocratie participative telle qu'elle s'est développée en France depuis une trentaine d'années, les actions se réclamant du pouvoir d'agir ne se situent donc pas dans une logique de l'offre (où les sujets et priorités d'actions sont définis selon l'agenda politique, institutionnel ou associatif) mais avant tout dans une logique de la « demande » ou demande potentielle. Le point de départ est ce qui fait sens pour les personnes, leurs intérêts, colères, espoirs, envies et ressources bref, qui elles sont, ce qu'elles pensent qu'il serait bon de faire, ce qu'elles peuvent faire.

Dans notre système politique, la démocratie représentative repose sur la délégation du pouvoir à des représentants (participation électorale). La démocratie « participative », repose elle, le plus souvent, sur la participation des citoyens aux dispositifs et politiques décidées par ces représentants (qu'on appelle « coproduction »). C'est la participation institutionnelle. Ces deux espaces, participation électorale et institutionnelle, indispensables à notre vie démocratique, sont cependant à eux seuls insuffisants : c’est cela que la notion de pouvoir d’agir questionne et invite à repenser. Renforcer le pouvoir d'agir des citoyens est potentiellement le moteur d'un approfondissement démocratique pour qu'aux côtés de la représentation–délégation et de la participation institutionnelle « octroyée », se construise une participation autonome, ascendante, dont le principe central est l'autoproduction, la constitution d'un pouvoir citoyen par les citoyens, sur ce qui compte pour eux.

Au delà de la participation institutionnelle

Voici quelques repères permettant à la fois de distinguer et de mettre en avant la complémentarité entre participation institutionnelle et participation « ascendante » :

– dans une participation ascendante, la définition des sujets se fait par les personnes concernées, non selon l'agenda politique et institutionnel ;

– l'objectif des démarches est l'émancipation individuelle et collective et plus généralement le renforcement du pouvoir de la société civile, là où il est davantage courant de « faire participer » les citoyens aux politiques publiques, d'assurer leur « appropriation » et leur efficacité, dans une logique participative classique ;

– les porte-paroles des démarches sont issus des groupes de citoyens mobilisés et ne sont pas les consultants, animateurs ou associations qui animent la participation ;

– de manière plus générale, les citoyens sont les acteurs des transformations et ressources des projets, là où ils sont considérés le plus souvent comme des destinataires, dans les démarches dites participatives ;

– la logique est celle de mobilisations émergentes, ascendantes (bottom up, comme le disent les anglo-saxons), là où elle est plutôt celle de projets descendants (top down), dans les démarches participatives classiques.

Cependant, il ne s'agit en rien d'opposer participation électorale, participation institutionnelle et participation ascendante ou de limiter le pouvoir d'agir à cette dernière sphère. Si renforcer le pouvoir d'agir implique l'émergence de mobilisations ascendantes, c’est aussi la condition de la revitalisation des instances participatives et des mécanismes de délégation. Une conception en matière de pouvoir d'agir vise en effet à développer le pouvoir des citoyens à tous les niveaux de la vie démocratique.

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