Pouvoir d’agir : définitions et méthodes - 2/2

LaTribune Fonda

Isabelle Foucher - Septembre 2012

Renforcer le pouvoir d’agir

Le processus de renforcement du pouvoir d’agir se traduit à deux niveaux :

– individuel : le pouvoir personnel ou « pouvoir de… », qui passe par le développement des habiletés et compétences personnelles (confiance en soi, estime de soi, sentiment de compétence, d’utilité, d’efficacité, développement de la pensée critique) ;

– collectif : ce pouvoir collectif a lui-même deux dimensions possibles :

• d'une part, le pouvoir social (ou « pouvoir avec ») qui passe par le développement de l’aide mutuelle, de la solidarité, de la capacité à agir avec les autres et de la constitution d’une force collective,

• d'autre part, le pouvoir politique (ou « pouvoir sur ») qui passe par le développement de la capacité à agir collectivement sur un environnement, pour le transformer. Il s’agit de l’émergence ou de la consolidation d’une force sociale pour acquérir collectivement une meilleure maîtrise sur sa vie, sur son environnement, sur les décisions politiques qui nous concernent.

Relever 3 défis démocratiques

A partir d'un repérage des pratiques actuellement développées en France et d'échanges entre acteurs, on peut identifier des « ingrédients », des manières de faire qui permettent de renforcer le pouvoir d’agir des citoyens. Ces ingrédients répondent à trois défis démocratiques majeurs, que doit relever notre société aujourd'hui : élargir l'espace du politique, retisser les liens sociaux et renouveler les méthodes de mobilisation.

►Élargir l'espace du politique... Afin de lutter contre l’exclusion de la vie démocratique d’une partie importante de la population, la montée de la défiance, du sentiment d’impuissance et le manque de représentation des catégories populaires dans les mécanismes démocratiques, plusieurs ingrédients ont été identifiés.

► Retisser les liens sociaux afin de lutter contre l’isolement des personnes, les replis communautaires de toutes sortes, le cloisonnement des actions menées par les associations et institutions sur les territoires, il s'agit d'encourager les méthodes qui permettent de :

– rapprocher des personnes, groupes et associations existant sur un même territoire, autour d’actions communes ;

– décloisonner les approches des acteurs présents sur les territoires, autour d'intérêts communs.

► Renouveler les méthodes de mobilisation... Enfin, pour lutter contre le manque d’impact des mobilisations citoyennes sur les décideurs il s'agit de donner la primauté au « faire ensemble », de développer des actions qui partent du vécu et aspirations des gens et s'appuient sur leurs ressources. Il s'agit aussi de renforcer la capacité collective à être stratèges et tacticiens, à repérer les ressources, les opportunités et les leviers d'une situation pour se mettre en mouvement. Pour cela, les ingrédients suivants ont pu être identifiés :

– partir de l’expression du vécu des personnes et de leurs aspirations (intérêts, colères, espoirs, envies) ;

– permettre l’identification d’intérêts communs, d’objectifs partagés et de stratégies par les personnes concernées ;

– s'appuyer sur les ressources actuelles et potentielles des personnes, travailler à leur développement ;

– définir des objectifs concrets de transformation de l'environnement des personnes ou de la société, articulés à des finalités plus générale de justice sociale ;

– développer l’action de terrain, la présence dans l’espace public (campagnes, actions visibles).

Le renforcement du pouvoir d'agir est donc un vaste champ où évoluent une diversité d'acteurs et de méthodes. Ils partagent néanmoins des convictions fortes, notamment la nécessité de développer le pouvoir de la société civile, en particulier des personnes issues des couches populaires, pour atteindre davantage de justice sociale. C'est pourquoi, si les mobilisations citoyennes sont au coeur de la notion (l'autoproduction de la société civile), il est important aujourd'hui d'imaginer les relations entre ces logiques autonomes, la démocratie représentative et la démocratie participative. En effet, le développement de mobilisations citoyennes autonomes, « autoproduites » a un impact potentiel sur la redynamisation des instances participatives et la démocratie de manière générale.

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