Les risques psychosociaux : le stress au travail
Elisabeth Rebourg - Avril 2024
La racine du mot « stress » vient du verbe latin stringere (serrer, resserer) qui donna en vieux français estresse (oppression, étroitesse). Dès le XIVème siècle, on retrouve le mot « stress » dans la langue anglaise au sens d’épreuve ou d’affliction.
Mais l’invention du mot tel qu’on l’entend aujourd’hui découle des travaux pionniers du médecin canadien Hans Selye (1930) : « Le stress est la réponse non spécifique que donne l’organisme à toute demande qui lui est faite », il s’agit donc là d’une réaction saine et normale, qui ne devient problématique que lorsqu’elle est sur-sollicitée. Selye a notamment décrit la mécanique du stress (appelé syndrome général d’adaptation) selon trois stades : le stress aigu dans la phase d’alarme (symptômes d’altération de l’équilibre fonctionnel de l’organisme) puis le stress chronique dans les phases de résistance (augmentation des défenses) et d’épuisement (échec ultime de la capacité d’adaptation causant des atteintes à la santé). En effet, le processus de stress chronique peut aboutir, dans sa phase ultime, au burnout décrit par Malach & Jackson comme un « syndrome d’épuisement professionnel, de dépersonnalisation et de réduction de l’accomplissement personnel qui apparaît chez les individus impliqués professionnellement auprès d’autrui ».
Les conséquences du stress sur la santé sont multiples. Le fait de se sentir stressé sur une longue période sans phases de récupération entraine immanquablement les effets suivants, quels que soient les individus :
conséquences physiques (maladies cardiovasculaires, douleurs chroniques, troubles musculosquelettiques, baisse de l’immunité, etc.) ;
conséquences psychologiques (troubles anxiodépressifs, troubles du sommeil, détresse psychologique, etc.) ;
conséquences comportementales (repli sur soi, agressivité, troubles mnésiques, désorganisation, difficultés de concentration et de décision, addictions, etc.) ;
conséquences organisationnelles (désengagement, absentéisme, manque d’empathie et de solidarité envers autrui, intention de démissionner).
Comme sa définition, la mesure du stress renvoie à deux approches. Dans l’approche indirecte, le stress est mesuré à partir de stresseurs comme les tensions de rôles, le man-que de soutien ou de reconnaissance, etc. Dans l’approche directe, il est mesuré à partir de son contenu ou manifestation.
Selon la définition de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) : « Le stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face ». Le stress réside donc dans la transaction entre les deux. Plus le ratio est négatif, plus l’individu est sous tension. Cette perception est influencée par :
- la dimension psychologique (type de personnalité, perception menace/opportunité) ;
- la dimension sociologique (âge, sexe, statut social, expérience, formation) ;
- la dimension biologique (âge, sexe, état de santé).
Les cas de stress dans l’entreprise sont parfois niés ou attribués à la supposée fragilité ou à l’inadaptation au poste de certains salariés. Face à des manifestations de stress, il est pourtant primordial de rechercher les liens possibles avec le contexte professionnel, en agissant sur les causes du stress plutôt que sur ses seuls symptômes. Il convient ainsi de replacer le management du stress organisationnel dans le cadre de la stratégie globale de l’entreprise, avec le concours de l’ensemble des acteurs concernés : collaborateurs, dirigeants, DRH, managers, spécialistes de la prévention, représentants du personnel…