Le coaching comme vecteur de motivation et d’autonomie
Elisabeth Rebourg - Décembre 2022
La notion de motivation repose sur la question suivante : « Qu’est-ce qui provoque le comportement et pourquoi celui-ci varie-t-il dans son intensité ? ».
Selon les différentes théories des besoins que l’on doit au champ de la psychologie, il convient de s’intéresser aux motifs internes de la personne, c’est-à-dire à ses besoins, ses cognitions et ses émotions, de façon complémentaire aux facteurs externes et incitations environnementales. Les émotions sont un phénomène physiologique, fonctionnel et expressif qui orchestre notre façon de réagir aux évènements. Les cognitions renvoient aux évènements mentaux tels que les croyances, les attentes et le concept de soi. Les besoins sont des conditions internes essentielles pour entretenir la vie, alimenter la croissance et le bien-être.
La théorie des choix cognitifs met l’accent sur le lien qu’un individu perçoit entre les efforts déployés et la conséquence attendue. Pour Victor Vroom, les comportements sont le résultat de choix conscients et raisonnés issus d’une évaluation préalable de type coûts/bénéfices, récompense/sanction. Il élabore la théorie du résultat escompté, définissant ainsi la motivation selon trois types de perception :
l’attente : croyance que de davantage d’efforts produisent davantage de performance ;
l’instrumentalité : probabilité perçue du lien entre performance et résultats attendus ;
la valence : valeur affective, positive ou négative, attribuée aux résultats ou à la performance.
Les théories du contenu s’intéressent aux facteurs motivationnels susceptibles de générer la satisfaction au travail. Frederick Herzberg énonce que la motivation varie selon deux types de facteurs : les facteurs moteurs internes (psychologiques et propres à chacun, tels l’intérêt pour la tâche, le développement de soi, la reconnaissance) et les facteurs externes ou extrinsèques qu’il appelle facteurs d’hygiène (comme le statut, les conditions de travail, le soutien social, la rémunération). J. Richard Hackman et Greg R. Oldham sont les auteurs de la théorie des caractéristiques de la tâche, selon laquelle cinq facteurs influencent la motivation :
la variété des activités nécessaires et des compétences requises pour exercer la tâche ;
l’identité de la tâche (connaissance du processus entier de travail et des résultats attendus) ;
la signification de la tâche (valeur sociale et impact sur l’entreprise) ;
l’autonomie (indépendance dans le choix des moyens, marge de manœuvre, sentiment de responsabilité ressentie) ;
le retour d’informations ou feedback (évaluation de la performance et des résultats).
D’autres facteurs ont été ajoutés plus tard à cette liste : le besoin individuel de développement, les capacités et compétences, la satisfaction liée à la situation de travail, et la collaboration avec autrui.
Les théories de l’auto-régulation investiguent la capacité d’analyser ce que l’on pense et de réguler notre système de pensée. Michael Apter développe dans sa théorie du renversement le principe de l’existence de paires d’états psychologiques opposés, entre lesquels des renversements s’opèrent sans cesse. Ces paires d’états, conditionnées par la nature de nos désirs, émotions et motivations du moment, sont dites méta-motivationnelles car elles déterminent l’interprétation que nous donnons à nos motivations et les comportements associés. C’est cette flexibilité motivationnelle qui nous permet de nous adapter, en basculant d’un état à un autre plus approprié selon les circonstances : entre l’état sérieux ou télique (motivé par la poursuite d’un but) et l’état enjoué ou paratélique (centré sur le plaisir immédiat et l’action spontanée) ; entre l’état discipliné (centré sur les règles et obligations) et l’état contestataire (centré sur la liberté personnelle) ; entre l’état de maîtrise (centré sur le pouvoir et la domination) et l’état de sympathie (centré sur l’attention à l’autre) ; entre l’état autique (orienté sur ses propres besoins) et l’état alloïque (centré sur les besoins d’autrui). Un changement conscient de perception et de priorité permet ainsi de réduire la charge émotionnelle et favorise le sentiment de cohérence, de sérénité et de bien-être.
Edwin Locke établit qu’un individu est motivé quand on lui fixe des objectifs clairs et qu’on lui fournit un feedback approprié sur sa capacité à les atteindre. Il décrit quatre caractéristiques d’un objectif motivant : clair, non ambigu et mesurable (critères SMART) ; challengeant mais atteignable ; pertinent et défini de façon participative avec tous les acteurs ; accompagné de récompenses et d’un feedback approprié et régulier pour renforcer les comportements performants.
Edward L. Deci et Richard M. Ryan, dans leur théorie de l’auto-détermination, défendent l’idée que les activités des individus sont dirigées vers la croissance psychologique : surmonter des défis et assimiler de nouvelles expériences permet de construire un sens propre. Ainsi, la motivation est la résultante de plusieurs aspects identitaires, en lien avec les besoins innés de compétence (efficacité dans l’expression de ses capacités et les interactions avec autrui), de connexion (sentiment d’appartenance et d’affiliation) et d’autonomie (capacité d’être source de ses propres comportements). Ils distinguent plusieurs états :
l’amotivation ou absence de motivation : non régulation des comportements, non action ;
la motivation extrinsèque ou externe, à régulation externe ou introjectée : engagement dans un but non inhérent à l’activité, soit pour rechercher une récompense, soit dans le but de faire plaisir, soit pour éviter une sanction ;
la motivation intrinsèque ou interne, à régulation identifiée ou intégrée : pratique volontaire d’une activité (libre ou imposée) pour l’intérêt qu’elle présente en elle-même (cohérence avec des valeurs, plaisir ressenti ou correspondance identitaire), en l’absence de récompense extérieure (étape ultime et idéale de la motivation).
Ainsi, les activités intrinsèquement motivées comportent un challenge optimal pour l’individu. Deci & Ryan établissent un parallèle entre la motivation intrinsèque et l’état de fluidité (flow) décrit par Csikszentmihalyi selon 8 caractéristiques principales :
la tâche entreprise est réalisable mais constitue un défi qui exige une aptitude particulière, l’équilibre est parfait entre le but et les compétences pour y parvenir ;
l’individu se concentre sur ce qu’il fait, il s’y consacre pleinement dans l’instant présent ;
la cible visée est claire, l’individu sait exactement ce qu’il doit faire ;
l’activité en cours fournit une rétroaction immédiate, l’individu sait où il en est ;
l’engagement de l’individu est profond et fait disparaître toute distraction, il est pleinement engagé mais pas attaché au résultat ;
l’individu exerce le contrôle sur ses actions, dans le présent et sans attentes ;
la préoccupation de soi disparaît (l’ego et ses besoins) mais paradoxalement le sens du Moi est renforcé ;
la perception du temps et de la durée est altérée, ces contraintes étant contrôlées ou sans importance aux yeux de l’acteur.
En matière de motivation, les composantes cognitives et affectives sont donc étroitement liées. Par exemple, le bien-être psychologique (affect) peut résulter de la réalisation d’un objectif important (intentionnel), qui s’inscrit dans le système de croyance (cognitif) d’une personne et correspond à l’image de soi qu’elle s’est formée. Toutefois, dans la quête de sens, la composante motivationnelle prime car elle est à la base de toute action engendrée chez l’individu. Le sens est un moteur fondamental de la vie et le chercheur Daniel Pink en fait l’un des trois principaux ressorts de la motivation, aux côtés de l’autonomie et de la maîtrise.
Travailler les sources de la motivation et d’autonomie en coaching consiste donc à explorer les avantages, risques et inconvénients de ses propres comportements, comme les scénarios de réussite et d’échec. L’utilisation ad hoc des états du moi (Parent-Adulte-Enfant) permet au coach de faire émerger une prise de conscience des jeux psychologiques qui affectent négativement les comportements et relations. Ainsi, être autonome dans ses relations avec autrui et dans ses choix de vie repose sur le fait de pouvoir être dans la position Adulte, c’est-à-dire pouvoir choisir un comportement maîtrisé et adapter ses choix, non pas en fonction de ses ressentis ou des obligations extérieures, mais en fonction de « qui je veux être ».
Il convient alors de choisir plus librement des modes d’agir et d’être en relation qui soient autonomes et porteurs de sens. Dans l’exploration des niveaux d’autonomie, il s’agit non seulement de donner un sens à son action, dans la réponse à la question « quoi » et « comment ». Il convient également de répondre à la question « pourquoi » en explorant le lien entre conscient et inconscient, puis de répondre à la question « pour quoi », en lien avec la finalité spirituelle de l’existence, au sens large et laïque du terme.